Désespoir... C'est le mot qui me revient le plus souvent en tête. C'est ce qui qualifie le mieux les lieux où je vais, les gens que je croise, les situations dont je suis le spectateur impassible. Que peut-on faire quand on aperçoit une faction des services spéciaux s'abattre sur un homme, le matraquer de coups, jusqu'à ce qu'il perde connaissance, voir même jusqu'à ce qu'il perde la vie... On ne peut que regarder, sans rien dire, sans bouger ou bien fuir pour ne pas être pris à son tour. Les officiers des services spéciaux ne font pas la différence. Ils cognent sur tout ce qui se trouve dans le coin. Si vous n'êtes pas dans l'illégalité, vous le devenez pour avoir assisté au massacre sans avoir bougé le petit doigt pour aider la personne en question. Vous êtes immédiatement déclaré coupable de non assistance à personne en danger... Mieux vaut donc passer son chemin et ne pas croiser leurs regards. Les hommes ne sont pas faits pour vivre dans ce monde. Je suis persuadé qu'ils finiront par se rebeller, même s'ils savent parfaitement qu'ils n'auront aucune chance. Ils préfèreront sans doute mourir plutôt que de continuer de subir cette existence morne, triste, dénuée de sens...
Aujourd'hui il pleut, comme tous les jours d'ailleurs. L'hiver est bien différent de ce que je connaissais avant. Il pleut nuit et jour sans arrêt, pendant 4 mois. Les égouts débordent et les rues sont infestées de rats. Les galeries dans lesquelles je me promène sont presque vides. Peu de gens viennent ici pour faire leurs achats. L'armée est partout, à chaque coin, à chaque entrée de magasin. Les quelques commerçants qui sont resté ici ne font pas fortune. De toute façon, personne ne peut faire fortune... Le gouvernement a imposé des taxes énormes! Dès que l'on accumule un certain niveau de richesse, des personnes passent et récupèrent tout pour le compte du Shôgun.
En parlant du Shôgun, il faut savoir que ce système politique a perduré. Il n'y a pas eu de restauration Meiji, pas de retour de l'empereur, pas de démocratie. Les shôgun se sont succédés sans interruption jusqu'à aujourd'hui. L'actuel dirigeant impose sa dictature militaire et personne ne peut le contrer. D'autres modifications ont eu lieu. Les Etats-unis ont éclaté et l'Europe n'a pas duré très longtemps, même après avoir ratifié la constitution en 2005. Les avis divergeaient trop et la pression de l'empire japonais a fait cédé les liens qui unifiaient les pays membres. Mis a part quelques pays d'Amérique du Sud et quelques autres d'Afrique du Sud, il n'existe plus aucune alliance de nations. Seule l'empire japonais reste stable...
Après avoir traversé le centre commercial, j'arrivais à la station de métro et montais dans le premier train qui passait. Plusieurs voyageurs étaient assis, le visage sans expression, complètement vide. Une bande de loubards qui buvaient de l'alcool au fond du wagon insultaient un vieux monsieur juste à côté, lui criant que les anciennes générations n'auraient jamais du laisser cela se produire. D'un côté, ils n'avaient pas tord. Mais si la situation ne leur plaisait pas, c'était à eux dorénavant de tout faire pour qu'elle change! Ils auraient pu s'engager dans la meute des loup ou dans une autre organisation rebelle mais ils étaient sûrement trop lâches pour combattre...
Le train fonçait à toute vitesse dans les boyaux du métro, ne s'arrêtant qu'à une station sur deux, parfois moins. Beaucoup d'entre elles avaient été laissées à l'abandon. Heureusement pour moi, celle où je descendais était encore animée. Alors que je prenais la direction d'un baraquement, un lieu qui faisait office de bar, mon téléphone portable vibra. Je le sorti discrètement de ma poche et jetai un coup d'oeil au message que je venais de recevoir. C'était Shinji qui me donnait rendez-vous dans une planque... Shinji est un brave garçon de 16 ans à peine. Il s'est engagé dans la meute des loups peu de temps après moi. Il est un peu perturbé et maladroit mais c'est un bon gars. J'espère seulement que sa bêtise ne le fera pas tuer...
Je changeai de trajet et parti vers l'hôtel Sunshine, un vieil immeuble délabré qui abritait dans son sous-sol une planque de la meute des loups. Arrivé à destination, je rentrai dans le bâtiment et prenait l'escalier. Il fallait appuyer sur un bouton caché dans le mur et donner un mot de passe dans un interphone pour pouvoir pénétrer dans la planque. Je m'exécutai et retrouvai Shinji assis à une table, regardant la télévision, qui diffusait toujours le même programme à longueur de journée. Il n'y avait qu'une seule chaîne, celle du gouvernement, qui prônait la gloire du Shôgun et criait à qui voulait l'entendre que le malheur des gens était dû aux rebelles...
Shinji: Hey Kobayashi, je suis là!
Kenji: Je t'ai vu, ne cris pas comme ça! Tu veux qu'on nous entende?!
Shinji: Oh... désolé Kenji, je n'y avais pas pensé...
Kenji: ... (soupir) Ta bêtise te perdra mon garçon.
Shinji: ahahah… hum… pff…
Kenji: Pourquoi m'as-tu fais venir ici?
Shinji: Le chef nous a donné une nouvelle mission! Elle est très importante, c'est c'qu'il a dit.
Kenji: importante… mmh… Tu as des détails?
Shinji: Pour sûr M'sieur! J'ai pas bien tout compris mais c'est question de relais de communication, de télé pirotée… euuh. Enfin faudrait que t'ailles voir le chef en fait ^^.
Kenji: Ce ne serait pas plutôt piratée au lieu de pirotée?
Shinji: Ahah. Ahaha… Euh oui t'as raison, ça doit sûrement être ça. Qu'est c'que j'suis bête! Ahaha…
Kenji: ... (soupir) Merci Shinji, je vais aller voir le chef. Surtout ne fait pas de bêtises et ne sort pas dehors. Tel que je te connais, tu risquerais de te faire prendre ou pire encore, de nous faire repérer. A plus tard...
Tandis que je me levai et me dirigeai vers la sortie, Shinji restait assis à sa table, me regardant avec un sourire bête. Je ne sais pour quelles raisons il avait une sorte de fascination pour moi mais cela m'inquiétais plus qu'autre chose... J'espérais qu'il ne me causerait pas d'ennuis. Le seul moyen de joindre le chef était de lui parler par vidéoconférence, dans une salle de transmission cachée quelque part dans un entrepôt de la zone industrielle pas loin de l'hôtel. Il fallait que je trouve un moyen de transport sûr pour m'y rendre...
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