Les temps changent...

zone industrielle Shinko - Neo Tokyo - 31 Février 2049

J'avais trouvé un vélo abandonné dans une ruelle à deux pas de l'hôtel Sunrise. Une voiture avec une fenêtre brisée aurait été suspecte et les taxis sont constamment contrôlés. Pour finir, la zone industrielle où se trouvait le repère n'était plus desservie par le métro. Ce vélo restait l'unique moyen de s'y rendre rapidement, sans trop se faire remarquer. Les ruelles étroites me facilitèrent grandement la tâche et je pu arriver à destination sans problèmes.

La zone industrielle de Shinko était désaffectée depuis bientôt 10 ans. Les entreprises qui s'étaient installées ici ont été fermées car déclarées contre-productives. Mais officieusement, c'était une sombre histoire de pot de vin au gouvernement. Plusieurs patrons avaient refusé d'augmenter la part de leurs revenus qui devait aller au Shogun. Un matin, ces mêmes patrons ne sont pas venus travailler. On les retrouva quelques jours plus tard dans des sacs plastiques. Ca ne devait pas être beau à voir... Ensuite, comme il n'y avait plus de président à la tête de ces entreprises, les remplaçants se bousculèrent aux portes mais ils n'arrivaient pas à se décider et au bout de quelques jours, un décret shogunal fit fermer leurs portes, invoquant cette contre productivité...

Cependant, personne n'ordonna la destruction des bâtiments et le terrain fut abandonné. Maintenant il sert de terrain de jeu aux bandes organisées qui s'entretuent sans raisons. La meute des loups y a élu une planque secondaire. C'est le lieu idéal puisque les forces de l'ordre n'osent que rarement pénétrer dans ces lieux délabrés et dangereux au possible...

J'avançais avec prudence, regardant partout autour de moi. Les personnes vivant ici faisaient partie de ce qu'on appelle couramment les repliés. Mais c'était un bien bel euphémisme. En réalité, ces gens étaient tous des citadins qui avait été virés de leur boulot, chassés de chez eux, déclarés coupable d'un quelconque délit etc… Contrairement à ce qu'on racontait, ils ne s'étaient pas repliés volontairement; ils avaient été bannis...
Devant moi se trouvaient une jeune femme et son enfant. J'imaginais difficilement comment ils avaient pu survivre jusque là. La mère faisait cuir une bestiole sur une pique tandis que l'enfant jouait avec un pneu vidé et une bouteille en verre. Sur leur visage apparaissait ce même sentiment de désespoir. Ils n'avaient sûrement plus aucune raison de se battre et vivaient au jour le jour en attendant que la mort vienne les prendre.

Je continuais ma route. Au loin, je pouvais apercevoir un grand bâtiment. C'était le seul du coin qui semblait encore en bon état. Une grande double porte était ouverte, un panneau suspendu entre les deux battants. Sur celui-ci était tagué les lettres R.T.D. J'avais appris qu'il s'agissait des initiales du gang le plus dangereux de Neo Tokyo, Road To Death. Ils avaient une sacrée réputation de psychopathes. On disait d'eux qu'ils prenaient un malin plaisir à torturer leurs victimes. L'armée avait tenté de les éradiquer il y a quelques années mais sans succès. Personne ne sait pourquoi mais ils semblent extrêmement bien armés et organisés. Et pourtant, ils n'ont jamais essayé de se révolter contre le Shôgun. Ils préfèrent rester ici et contrôler leur territoire. Je contournais la bâtisse et partais vers l'Ouest.

Quelques minutes plus tard j'arrivais devant la planque… Même code, même signification. Une paire d'yeux apparut par une fente dans la porte puis disparut aussi vite. J'entendis les verrous grincer et la porte s'ouvrit. Un homme avec un bonnet sur la tête me fit signe de le suivre et descendit des escaliers sans dire un mot. Celui-ci s'enfonçait profond dans le sous-sol. On aurait dit une descente aux Enfers. Malheureusement je n'avais tord... Arrivé dans un couloir assez large, je distinguais dans l'obscurité plusieurs visages. Des gens étaient là, assis sur le sol, à attendre sans rien dire. Ils ne souriaient pas, avaient le regard vide. Ce devaient être des réfugiés, un peu comme moi... La plupart n'avaient que les os sur la peau. Ils étaient à peine habillés car il faisait une chaleur incroyable ici bas! L'homme au bonnet s'arrêta devant une porte en acier et me fit signe d'entrer. La pièce qui se présentait à moi était à peine plus éclairée que le couloir précédant. Dans un coin se trouvait une table sur laquelle reposait du matériel informatique. Je m'assis sur la chaise et l'homme au bonnet me tendit un micro...

*ppssshhhh....psshhh...biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip*
???:Kobayashi, c'est vous?
Kenji:Oui boss, je suis là.
Boss:Bien, comme tu le sais déjà, j'ai une mission importante à te confier.
Kenji:Je vous écoute.
Boss:Je vais être franc avec toi, cette mission est dangereuse. Tu vas devoir prendre de gros risques.
Kenji:De toute façon, je n'ai pas grand chose à perdre.
Boss:Très bien. Il y a un relais hertzien à quelques kilomètres d'ici. Je veux que tu y ailles avec 2 hommes et que tu pirates le centre de commande afin de permettre la diffusion de mon discours au peuple japonais.
Kenji:Ah oui, rien que ça... Tu aurais dû me dire que c'était carrément suicidaire!
Boss:Je croyais que tu n'avais plus rien à perdre?
Kenji...
Boss:Tu partiras demain soir avec Hiro et Neko. Je leur ai fait parvenir le plan du relais ainsi que les horaires de tour des gardes.
Kenji:Hein?! Mais comment... Non, après tout je ne veux pas savoir. C'est entendu. Demain soir, avec Hiro et Neko...
Boss:Je compte sur toi. Terminé...
*ppssshhhhhh..biip biip biip...*

L'écran était à nouveau gris. Le Boss ne montrait jamais son visage, même aux membres de la meute. Je crois que personne n'avait jamais vu son visage en réalité. Peut être n'en avait-il même pas... Peut être qu'il y avait plusieurs personnes qui dirigeaient l'organisation… Mais tout cela n'avait que peu d'importance. En tout cas ça n'en avait guère pour moi. La seule chose qui m'importait, c'était changer le passé. Si je réussissais, cette meute disparaîtrait, elle n'aurait jamais existé et le Boss non plus... Il fallait que je me repose car demain soir allait être éprouvant. Peut-être était-ce ma dernière nuit dans ce monde... Ma vie ne tenait à rien.

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